La collection des Moulages de l'Université Marc-Bloch est contemporaine de la création de la Kaiser-Wilhelm-Universität fondée en 1872 ; Elle fut la création d'Adolf Michaelis, premier titulaire de la chaire d'Archéologie classique. Celui-ci disposa de crédits exceptionnels pour constituer une collection destinée à l'enseignement (35000 marks).

A. Michaelis voulait réunir en un même ensemble une sorte de musée imaginaire, de collection idéale de sculpture grecque, domaine dont il était un des plus grands spécialistes. La collection est rapidement devenue un instrument scientifique et pédagogique qui occupait une bonne partie du premier étage du Palais universitaire.

Elle était à la fin du XIXe siècle une des plus brillantes d'Europe. Les moulages ont été réalisés dans les ateliers de Berlin, de Dresde de Francfort, de Londres, de Munich, de Paris, de Rome, de Vienne. Le Professeur Michaelis était, malgré les tensions politiques de l'époque, en constant rapport scientifique avec ses collègues de toutes les nations européennes. C'est ainsi qu'il put faire réaliser les moulages des prestigieuses sculptures provenant des grandes fouilles qui étaient alors menées en Grèce et en Orient : Olympie, Delphes, Samothrace, Délos, Pergame. Non seulement il dispensait ses cours parmi les plâtres, mais encore ceux-ci lui servirent de laboratoire pour expérimenter plusieurs restitutions de groupes ou de statues antiques : le groupe des Tyrannoctones, l'Aphrodite de Cnide, les Amazones d'Ephèse, la Victoire de Samothrace, etc.

Entre 1940 et 1945, les collections furent entreposées dans les sous-sols. Elles ne regagnèrent jamais le premier étage du Palais, qui fut transformé en salles de cours. En dépit des efforts de Pierre Demargne, un des successeurs de Michaelis, qui élabora, dans les sous-sols mêmes du Palais, une présentation chronologique des œuvres, les plâtres ont beaucoup souffert : l'humidité qui règne dans ces locaux et les étudiants, qui, en 1968 et 1973, occupèrent le palais et utilisèrent les plâtres comme matériau de barricade, occasionnèrent bien des dégâts et des pertes irréparables. Ainsi, la Gypsothèque est, en elle-même, un témoin direct des événements de notre proche histoire. Malgré ces péripéties, la collection de Strasbourg reste en quantité la seconde collection de France, et même la première collection universitaire ; et, par ses spécificités, elle est une des plus remarquables d'Europe. Elle abrite également plusieurs œuvres modernes d'artistes célèbres. Ainsi, avant d'en faire don au Musée d'Art moderne de Strasbourg, elle abritait un plâtre original du Penseur de Rodin. S'y trouvent encore plusieurs œuvres d'artistes modernes, dont des œuvres d'Antoine Bourdelle, disciple de Rodin. Toutefois, elle est toujours en attente de locaux qui permettraient de la mettre en valeur.