Thérèse Krempp

Présentation au Temple

La Présentation du Christ-Enfant au Temple et la Purification de la Vierge sont deux cérémonies qui faisaient partie des préceptes de la Loi juive et qui furent rapidement fêtées par l'Eglise. L'iconographie byzantine insista particulièrement sur l'Hypapantè, la rencontre entre la Sainte Famille et Siméon qui reconnaît la divinité du Christ. On peut distinguer deux types de représentations : le Christ dans les bras de sa mère ou dans les bras de Siméon.

Sources (1)
Bible (1)

C'est dans l'Evangile de saint Luc (II, 22-38) que nous trouvons l'évocation de ce passage qui nous met en présence de deux événements directement rattachés aux préceptes de la Loi juive : la purification de la Vierge et la présentation du Christ au Temple. La Vierge, Joseph et l'Enfant se rendirent au Temple "quand vint le jour où, selon la Loi de Moïse, ils devaient être purifiés" avec une couple de tourterelles destinée au sacrifice. Un homme "juste et pieux", appelé Siméon, vint au Temple ce jour-là "poussé par l'Esprit" car il lui avait été révélé qu'il ne mourrait pas avant d'avoir vu le Christ.

Sources (1)
Bible (2)

Voyant les parents arriver, il reçut l'Enfant dans ses bras et bénit Dieu, disant : "Maintenant, Souverain Maître, tu peux, selon ta parole, laisser ton serviteur s'en aller en paix ; car mes yeux ont vu ton Salut, que tu as préparé à la face de tous les peuples, lumière pour éclairer les nations et gloire de ton peuple Israël." Puis il parla à Marie : "Vois ! cet Enfant doit amener la chute et le relèvement d'un grand nombre en Israël ; il doit être un signe en butte à la contradiction, et toi-même, un glaive te transpercera l'âme, afin que se révèlent les pensées intimes d'un grand nombre." Une prophétesse, Anne, très âgée et vivant au Temple dans le jeûne et la prière, se mit elle aussi à louer Dieu "et à parler de l'Enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem ".

Sources (2)
Evangiles apocryphes

Dans l'Evangile du Pseudo-Matthieu (XV, 2-3), le récit de la présentation au Temple est en tout point identique à celui de l'Evangile de saint Luc (II, 22-38). Une précision supplémentaire nous est cependant donnée : Siméon aurait été âgé de cent douze ans, il aurait pris l'Enfant dans son manteau et lui aurait baisé les pieds.
La Vierge emmena l'Enfant au Temple, raconte l'Evangile arabe de l'Enfance (VII, 3 ; VIII, 2), après être restée dix jours dans la grotte. Siméon vit le Christ, porté par sa mère, "resplendissant comme une colonne de feu (…). Les anges entouraient [la Vierge] en cercle, louant Dieu, comme les serviteurs devant le roi."
L'Evangile arménien de l'Enfance (XII, 5) n'apporte aucune précision supplémentaire par rapport à saint Luc.

Faits historiques et culte (1)

Saint Luc commet une erreur en décrivant simultanément les deux scènes - purification de la Vierge et Présentation au Temple du Christ - car dans la Loi elles ne sont pas censées se dérouler le même jour. En effet, la cérémonie de la purification se faisait quarante jours après la naissance, alors que l'Enfant, selon D. Shorr, devait être présenté au Temple au bout de trente jours. La mère devait se rendre à la cérémonie qui la concernait avec un agneau et une tourterelle, ou avec deux tourterelles, si elle n'était pas assez riche pour se procurer une tête de petit bétail (Lv, XII, 1-8). Conformément à la Loi, le premier-né mâle devait être offert en sacrifice au Seigneur. Son père devait alors le racheter 5 sicles d'argent (Ex, XIII, 12-16 et Nb, XVIII, 15-16). Cette cérémonie est un rappel de la dixième plaie d'Egypte où tous les premiers-nés mâles furent tués par l'ange exterminateur, hormis ceux du peuple d'Israël.

Faits historiques et culte (2)

Bien que, selon la Loi juive, ces deux évènements aient été séparés de quelques jours, les premiers chrétiens, suivant l'enseignement de Luc, ont pris l'habitude de les fêter le même jour. Dans cet Evangile, les cérémonies ne sont d'ailleurs évoquées que très succinctement et c'est plutôt la rencontre entre la Sainte Famille et Siméon qui est mise en avant.

Faits historiques et culte (3)


En 384, on trouve la première mention d'une célébration de cette fête à Jérusalem, le 14 février, quarante jours après l'Epiphanie. Ce jour-là, le clergé et les fidèles processionnent. Les circonstances de l'introduction de cette fête en Occident sont obscures. Venue d'Orient, elle a probablement été instaurée à Rome à la fin du Ve siècle et on la fêtait le 2 février, c'est-à-dire quarante jours après la Nativité, fixée en 354 par le pape Libère le 25 décembre. En Orient, il a fallu attendre l'empereur Justinien pour changer la date de la fête et la célébrer le 2 février également. Le thème de la rencontre du Christ avec Siméon, qui était célébrée au début sous le nom d'Hypapantè ("rencontre"), prédomine en Orient sur celui de la purification de la Vierge, qui n'a pourtant pas été négligée puisque cet épisode faisait partie des cinq grandes fêtes de la Vierge.

Faits historiques et culte (4)

En Occident l'accent était mis sur la purification de la Vierge, afin d'opposer une fête chrétienne à la fête païenne des Lupercales qui, elle aussi, comprenait un rite de purification et qui donnait lieu à des débordements grandement réprouvés par l'Eglise. Bède le Vénérable, au VIIe siècle, donna une description de la fête chrétienne : les fidèles processionnaient en chantant et en portant des cierges. Au IXe siècle, cette façon de porter des bougies devint une habitude et c'est de là que dériverait le mot Chandeleur, utilisé aujourd'hui pour désigner cette fête. Mais cette coutume existait probablement déjà en Orient bien plus tôt, dès le Ve siècle.

Faits historiques et culte (5)


Ainsi, en Orient comme en Occident, cette fête se célèbre le 2 février. A Byzance, la Présentation au Temple faisait partie du cycle des douze grandes fêtes au moins à partir du XIe siècle. Selon D. Schorr, c'est une lente évolution qui a donné toute son importance à cette fête qui aurait été, d'ailleurs, moins souvent représentée avant le XIe siècle.

Iconographie (1)


La description faite par saint Luc (II, 22-38) est très précise : nous savons où la cérémonie eut lieu, qui en étaient les protagonistes et quelles ont été leurs différentes réactions. Il reste à décider quel moment de cette scène il convenait de représenter. Le caractère de cette fête (Purification et présentation) changea au cours des siècles.

Iconographie (2)


La première représentation conservée de ce thème est une mosaïque de l'arc triomphal de Sainte-Marie-Majeure (n° 8254). Elle illustre la rencontre avec Siméon et la scène se déroule à l'extérieur du Temple, d'architecture romaine, qui est représenté à l'extrême droite de la mosaïque, loin de la scène principale. L'absence complète de l'autel et l'éloignement du Temple annoncent une orientation particulière de certaines représentations futures (notons d'ailleurs que saint Luc (II, 22-38) ne mentionne pas d'autel). L'autel est le symbole du sacrifice offert à Dieu et du rachat par le Père (les deux pigeons du sacrifice sont ici représentés à l'entrée du Temple). Pour D. Schorr, son absence à Sainte-Marie-Majeure semble prouver que la rencontre avec Siméon prime sur la signification première de la Présentation.

Iconographie (3)

Dans la représentation de Sainte-Marie-Majeure, l'accent est mis sur la forme orientale, qui est celle de l'Hypapantè, alors que la forme occidentale insiste davantage sur la Purification. Cette différence d'interprétation pourrait expliquer l'évolution iconographique de la scène : en Occident, les personnages semblent plus volontiers représentés devant l'autel (Psautier d'Utrecht, n° 3077), alors qu'en Orient, ils se situent plutôt à la porte du Temple, Siméon venant au devant de la Vierge et de Joseph. Dans l'église romaine de Sainte-Marie-Majeure pourtant, la scène a bien lieu à l'extérieur du Temple et l'autel est absent. L'explication est peut-être la suivante : la fête de la Purification n'a été instaurée à Rome qu'à la fin du Ve siècle, les mosaïques de l'église, qui datent des années 420-440, auraient donc été inspirées par l'iconographie orientale. La rencontre a lieu devant une colonnade.

Iconographie (4)

La Vierge, à gauche, dont les vêtements évoquent une figure d'impératrice byzantine comme on peut en voir à Ravenne (n° 11442), tient l'Enfant dans ses bras. Un peu plus à droite, Joseph désigne Siméon, et d'Anne ébauche le geste de prophétie. Siméon s'avance, les mains recouvertes par son manteau, à la manière orientale. Cette coutume, très répandue en Orient, fut importée à Rome où elle était pratiquée comme un signe de soumission et d'hommage des peuples vaincus à l'empereur romain. Il faut peut-être y voir le désir de garantir les objets offerts de toute souillure, de tout contact avec la peau ou l'haleine. Ce geste, qui apparaît dès le IVe et perdure jusqu'au XVIe siècle, était considéré dans l'empire byzantin comme une marque de respect dû à l'empereur. Siméon a les mains couvertes par les pans de son manteau.

Iconographie (5)

On peut penser que l'élan de Siméon vers l'avant, illustrant sa hâte à rencontrer le Christ est inspiré par le Pseudo-Matthieu : Siméon "s'empressa d'adorer l'Enfant.". L'ange qui apparaît entre Joseph et Anne fait peut-être référence à l'Evangile arabe de l'Enfance ("Les anges entouraient [la Vierge] en cercle, louant Dieu, comme les serviteurs devant le roi."). Par la suite, cet ange est rarement présent dans les scènes de la Présentation.
Il est difficile de savoir si la Présentation au Temple était très présente durant les premiers siècles de l'art chrétien car peu de représentations de cette époque nous sont parvenues. Une des plus anciennes représentations orientales conservées est une mosaïque de Kalendarhane Djami (n° 48). L'iconographie des VIIIe et IXe siècles nous présente en tout cas une composition standardisée de cette scène. Habituellement, on voit Siméon et Anne debout à droite, et la Vierge avec l'Enfant dans ses bras ainsi que Joseph (qui tient les deux tourterelles) sont situés à gauche.

Iconographie (6)

Une croix en émail, conservée à Rome (VIIIe-IXe siècle, n° 7682), nous permet de visualiser ce type occidental : la présence centrale de l'autel, les quatre protagonistes regroupés de façon symétrique suivant leur importance dans la scène, et la position centrale de l'Enfant, au-dessus de l'autel, dans les bras de sa mère. Bien sûr l'exiguïté du support n'a pas permis un développement conséquent de la scène.

Iconographie (7)

Notons que l'Hypapantè prime parfois sur la Présentation dans certaines représentations occidentales. L'autel est alors absent ou placé au fond, et l'accent est toujours mis sur la rencontre. L'âge supposé du Christ n'est pas pris en compte : il est toujours représenté comme un Enfant de trois ou quatre ans. Notons également qu'on trouve la présence de l'autel, qui peut même être central, dans quelques représentations orientales, comme c'est le cas sur une mosaïque d'Hosios Loukas (n° 10958). Ces exemples nous incitent à ne pas considérer comme une règle rigide et définitive la séparation de deux types iconographiques, l'un oriental et l'autre occidental.

Iconographie (8)

Le type standard de l'interprétation orientale des VIIIe-IXe siècles présente souvent la Vierge et Siméon au centre de l'espace, Anne et Joseph un peu en retrait. La scène se passe à l'extérieur du Temple, suggéré par une architecture plus ou moins importante. L'évènement est présenté comme une reconnaissance de la mission divine du Christ. Siméon, qui reconnaît la divinité du Christ, remplace le prêtre (il est parfois représenté avec des vêtements sacerdotaux).

Iconographie (9)

Anne et Joseph, personnages secondaires, ne sont pas toujours présents (voir Kalendarhane Djami ( n° 48) ; une mosaïque dans la chapelle palatine de Palerme (n° 5780) ; une miniature du Vatican, gr. 1613, dit Ménologe de Basile II, (n° 3169) où seul Joseph est présent). Sur un diptyque (n° 10040), l'absence de Joseph et d'Anne peut être expliquée par l'exiguïté du support et un désir d'économiser l'espace. Le rôle principal est dévolu à Marie qui tient l'Enfant dans ses bras comme si elle se préparait à le donner à Siméon (Kalendarhane Djami, n° 48). Sur la mosaïque d'Hosios Loukas (n° 10958), le prophète s'approche de façon très respectueuse et tend les bras pour recevoir l'Enfant. Ses mains sont voilées, recouvertes par les pans de son manteau, comme dans beaucoup d'autres représentations, en signe de respect. Les mages, dans la scène de l'Adoration, ont également les mains voilées, tout comme les apôtres lorsqu'ils reçoivent les textes des Evangiles de la main du Christ ou Moïse les Tables de la Loi.

Iconographie (10)

Dans l'iconographie orientale, la scène se passe souvent à l'extérieur du Temple, qui est souvent représenté. Parfois un paysage forme l'arrière-plan, comme dans la miniature du Vatican, gr. 1613, dit Ménologe de Basile II, (n° 3169) : montagnes, arbre et rocher viennent accentuer l'effet d'extérieur. La position des personnages et le contraste entre paysage et architecture donnent l'impression d'être en présence de deux mondes bien distincts. Notons que sur cette miniature Siméon n'a pas les mains voilées.
L'architecture du Temple peut être beaucoup plus élaborée comme c'est le cas à Saint-Nicolas Orphanos (n° 11043), ou sur une autre peinture murale à Veroia (n° 10376). Le Temple est parfois représenté de façon si complexe qu'on a du mal à voir si la scène se passe à l'intérieur ou à l'extérieur (n° 10376).

Iconographie (11)

Une miniature du Psautier d'Utrecht (n° 3077) nous propose une autre iconographie. La Vierge et Siméon se tiennent à la porte du Temple, Joseph est à l'extérieur, un peu éloigné et tient les offrandes. La Théotokos tient l'Enfant au-dessus de l'autel, et le tend au prophète. Dans ce type de scène les deux épisodes de la rencontre et de la présentation sont synthétisés, contrairement à l'Hypapantè dans laquelle l'autel est absent. D. Schorr considère cette miniature comme une deuxième forme de représentation de la scène.

Iconographie (12)

Une autre composition - qui ne se développe pas, selon H. Maguire, avant la fin de l'Iconoclasme - présente un traitement iconographique assez différent de celui évoqué plus haut. Le Christ est de plus en plus souvent placé dans les bras de Siméon. La plus ancienne représentation conservée de cette composition se trouverait dans un manuscrit du troisième quart du XIe siècle, conservé à Vienne (Theol. gr. 154, f. 143, n° 8419): deux miniatures marginales représentent d'un côté la Vierge, seule, et de l'autre, Siméon tenant l'Enfant, encore penché en avant car il vient juste, semble-t-il, de le recevoir dans les bras.

Iconographie (13)

Une autre représentation de ce type se trouvait à l'église de la Vierge de la Source à Constantinople (aujourd'hui disparue), qui a été restaurée après 869 par Basile Ier. Plusieurs épigrammes de l'Anthologie Palatine donnent une description des scènes représentées dans cette église : c'est Siméon, et non la Théotokos, qui portait l'Enfant. Deux autres poèmes décrivent la même composition dans une église construite à la fin du IXe siècle et sur une mosaïque des Saints-Apôtres à Constantinople (datant sans doute du Xe siècle).

Iconographie (14)

Bien sûr ces descriptions ne sont peut-être pas exactes mais selon H. Maguire, il est significatif de constater que la seule description pré-iconoclaste qui nous soit parvenue grâce à l'Anthologie Palatine montre la Vierge portant l'Enfant ; ceci tend à prouver que la composition montrant le Christ dans les bras de Siméon serait bien post-iconoclaste. Hormis une peinture murale de date incertaine à Saint-Eusthathe, à Göreme, la plus ancienne représentation de Siméon portant le Christ est occidentale. Cette position, qui se retrouve dans plusieurs représentations occidentales, serait peut-être issue d'un modèle byzantin plus ancien.

Iconographie (15)

Dans la seconde moitié du XIIe siècle, l'iconographie de Siméon portant l'Enfant semblait être très populaire à Byzance et apparaît sur plusieurs supports, sans pour autant que disparaisse la composition antérieure, que l'on peut notamment trouver à Sopocani, au XIIIe siècle (n° 978), à Veroia (n° 10376) et à Thessalonique, au début du XIVe siècle (n° 11043). A partir du IXe siècle, les artistes byzantins semblèrent s'intéresser davantage à la psychologie des personnages et à la dramaturgie de la scène. Ils mirent en valeur la prophétie de Siméon annonçant le sacrifice du Christ et les douleurs de la Vierge. Le vieillard tient ainsi l'Enfant dans ses bras et la position de la Théotokos, beaucoup plus statique qu'auparavant, peut préfigurer sa position et son rôle lors de la Crucifixion.

Iconographie (16)

Elle semble abandonner l'Enfant dans les bras du prophète et accepter son sacrifice futur. La miniature du Vienne, Theol. gr. 154 (n° 8419) illustre parfaitement cette thématique et représente la Vierge dans une posture de désolation que l'on retrouve dans la Crucifixion : statique, la tête penchée en avant, sa main gauche près du visage (tenant en général, sur d'autres représentations, un pan du manteau), l'autre pendante, ou légèrement tendue en avant, comme pour montrer la scène.
A la fin du XIIe siècle, l'image de Siméon seul portant l'Enfant dérive de la composition de la Vierge miséricordieuse ("Eleousa"), et présente Siméon comme un prophète annonçant la Passion du Christ.

Iconographie (17)

Ce type de représentation se retrouve sur une peinture murale de l'église Panagia Akariotissa à Lagoudera (Chypre) datant de 1192 (n° 9081). Siméon, isolé du reste de la scène, porte l'Enfant. Il est représenté à côté de Jean Baptiste (le Précurseur - Prodrome). Ce dernier tient un phylactère sur lequel est écrit : "Voici l'agneau de Dieu" (Jean I, 29). L'évocation de la Passion future du Christ est très claire : l'Enfant est comparé à un agneau (métaphore très courante dans l'iconographie chrétienne), animal particulièrement utilisé lors des cérémonies sacrificielles.

Iconographie (18)

Ici, comme dans d'autres représentations de la fin du XIIe siècle, l'artiste a accentué le contraste entre Siméon, vieil homme barbu, et le tout jeune Enfant (sur la peinture murale de Milesevo, vers 1235, Siméon est aussi présenté comme un vieillard n° 10458). Siméon est peint avec les cheveux et la barbe blancs, il penche la tête et touche de son visage la tête de l'Enfant, dans un geste de tendresse, de compassion (ici, contrairement à l'iconographie traditionnelle, Siméon a les mains découvertes). Pour accentuer encore la dramaturgie de la scène, l'Enfant se débat dans les bras de Siméon, se détourne de lui et repousse son manteau, alors qu'il semblait assez passif dans les bras de sa mère (n° 3169, n° 10958). Le même type de représentation se retrouve dans une peinture murale de l'église des Saints-Apôtres à Pérachorio (n° 10068). Siméon porte le Christ et penche son visage sur lui. Mais ce dernier se détourne du vieillard, regarde sa mère et tend un bras vers elle, montrant son désir de la rejoindre.

Iconographie (19)

La peinture murale de Saint-Nicolas Orphanos (Thessalonique, début XIVe siècle, n° 11043), bien que présentant la composition antérieure - la Vierge porte l'Enfant -, reprend cette thématique puisque l'Enfant se serre contre sa mère et regarde craintivement Siméon qui tend les bras pour le recevoir. Notons aussi que sur cette représentation les visages sont traités de façon beaucoup plus humaine.

Iconographie (20)

Si l'on considère une homélie byzantine consacrée à la Présentation au Temple, on se rend compte qu'elle traite de façon particulière la rencontre du Christ et de Siméon. Celle-ci, écrite au IXe siècle selon H. Maguire, qui l'attribue à Georges de Nicomédie, décrit la présentation dans les moindres détails en insistant sur le côté dramatique. La gestuelle de Siméon, qui incline sa tête vers l'Enfant qu'il tient dans ses bras, est largement évoquée, ainsi que la position de l'Enfant, qui continue à regarder sa mère. Tout au long du sermon, l'accent est mis sur les sentiments humains. H. Maguire pense que la création de ce type d'homélies correspond au moment où les artistes font passer le Christ des bras de sa mère à ceux de Siméon et que le sermon de Georges de Nicomédie a largement influencé l'iconographie byzantine. On pourrait cependant tenir le raisonnement inverse : la vision de ce nouveau type de représentation aurait inspiré Georges de Nicomédie pour ses Homélies.

Iconographie (21)

Ces deux variantes, le Christ porté par sa mère ou par Siméon, étaient présentes dans l'art chrétien sous les Paléologues. Aux XIIIe et XIVe siècles l'iconographie de Siméon portant le Christ était toujours aussi populaire mais les représentations étaient moins dramatiques qu'au XIIe. Cette iconographie constitua une thématique bien établie dans l'art byzantin et post-byzantin. On la retrouve dans une icône de la première moitié du XVIe siècle (n° 10140), sur laquelle on peut voir les donateurs en plus des personnages habituels (deux à gauche et trois à droite par rapport au spectateur).

Bibliographie

  • "Hypapantè", dans The Oxford Dictionary of Byzantium, Oxford, 1991, t. 2, p. 961-962
  • R. JANIN, "Hypapantè", dans Catholicisme, hier, aujourd'hui, demain, Paris, 1957, t. 5, p. 1142-1143
  • H. MAGUIRE, "The iconography of Symeon with the Christ child in byzantine art", Dumbarton Oaks Papers, 34-35 (1980-1981), p. 261-269
  • H. LECLERCQ, "Présentation de Jésus au Temple (Fête de la)", dans F. Cabrol et H. Leclercq, Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie, Paris, 1948, t. 14, col. 1722-1729

Bibliographie

  • D. C. SHORR, "The Iconographic Development of the Presentation in the Temple", Art Bulletin, New-York, 28 (1946), p. 17-32
  • C. L. STRIKER et Y. D. KUBAN, "Work at Kalenderhane Cami in Istanbul : third and fourth preliminary reports", Dumbarton Oaks Papers, 25 (1971), p. 254-256
  • D. C. WINFIELD, "Reports on work at Monagri, Lagoudera, and Hagios Neophytos, Cyprus, 1969/1970", Dumbarton Oaks Papers, 25 (1971), p. 261-264
  • F. BOVON et P. GEOLTRAIN (sous la direction de), Ecrits apocryphes chrétiens, Paris, 1997

Les images...

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